| Paris plus belle que jamais! |
C'est l'histoire d'un mec...qui voulait plus que tout au monde courir la marathon des JO 2024 entre Paris et Versailles, ouvert exceptionnellement aux amateurs, aux motifs (suffisants vous en conviendrez) qu'il était né à Versailles, que lui et sa famille vivait sur le tracé, qu'il était marathonien confirmé et que cette opportunité ne se représenterait pas deux fois dans sa vie. Il tenta le tirage au sort pour décrocher le fameux dossard. Échec. Il tenta de passer par des sponsors. Recalé. Il finit pas imaginer une supercherie, un faux dossard pour se joindre aux 20 000 athlètes officiels. On lui déconseilla pour des raisons de sécurité renforcée. Il pensa pour finir que son rêve allait en rester un mais il finit par obtenir le sésame grâce au maire de sa commune et en fut véritablement heureux (aux larmes je crois me souvenir). Il se promit alors de s’entraîner sur les portions difficiles et aménagea au mieux sa préparation pour enchaîner deux marathons (Stockholm le 1er juin + le marathon pour tous le 10/08). Il dut aussi faire avec une pubalgie qui l'a un peu diminué et privé de ses pleins moyens mais il s'en foutait pas mal au fond car il serait quoi qu'il arrive au "marathon pour tous"!
Comme aurait pu le résumer Claude Lelouch, les marathoniens du MPT avaient un "rendez-vous". Ils avaient un rendez-vous unique avec Paris, sa seine, ses monuments, sa désormais célèbre vasque, sa nuit naissante, la lune bienveillante, la tombée de la nuit en guise d'ambiance et son public de spectateurs français et étrangers à l'image de cette folle promesse. Un décor durable et inoubliable pour une course unique. Paris pour nous, rien qu'à nous. Je m'étais promis de savourer chaque kilomètre. J'ai validé ce vœu à quelques kilomètres près...La semaine précédente, j'ai sollicité l'autorisation de mon ange gardien de courir ce marathon. La réponse ne s'est pas faire attendre. Il m'a répondu : "cours le comme tu n'as jamais couru". Sur le coup cette réponse m'a semblé un peu étrange. J'ai pensé spontanément à la vitesse, au chrono. C'est après l'avoir couru que j'ai enfin reçu le message, que j'ai fini par comprendre. Je vais tout (ou presque) vous raconter...
Reconnaissance parcours Ville d'Avray H-7![]() |
| le dossard d'une vie... |
Samedi 10 août. C'est le D Day, je suis serein mais terriblement excité. L'attente promet d’être longue jusqu'au coucher du soleil coïncidant avec le départ du marathon. Je m'occupe comme je peux en barbotant dans la piscine du Stade Français et en prenant le soleil sur un transat. 20H l'arrivée sur zone est un spectacle grisant. Des milliers de coureurs venus de 70 pays déposent, pour certains, sacs aux consignes prévues à l'arrière du Louvre. Je déambule sur le kilomètre et demi qui me sépare des sas de départ en profitant d'un spectacle lui aussi unique. Paris, la seine, un jour d'été. Il flotte un parfum de joie. Coureurs et accompagnateurs sont heureux et ont le sentiment de vivre un moment d'histoire sportive. Que Paris est belle! Quelle chance d’être là. Dans les sas les gens se parlent, sourient, kiffent avant de kiffer. Tiens les pompiers du "raid aventure" sont là avec une joëllete. L'attente a été longue mais l'arrivée de la nuit est la promesse de notre départ. 21H30 c'est totalement irréel, nous sommes des milliers à chanter la marseillaise au pied de l’Hôtel de Ville qui retransmet sur écran géant le match des basketteurs français. Et boum, nous partons sous la musique des JO que j'adore! L'hystérie du public est enivrante. J'ai rarement vu cela sur une course à pied (New York ou Londres peut être?). Certains coureurs, téléphone à la main, filment, se filment. Moi je filme tout dans ma tête, je n'en perds pas une miette. Je suis comme dans un rêve. Je suis là ou je voulais être et tout me parait beaucoup plus beau que ce que j'avais imaginé. Mais quel spectacle ! La bourse du commerce, l'Opéra Garnier, Place Vendôme, les Tuileries, Jeanne d'Arc, la cour carrée du Louvre. "Hey, regarde à droite"! La vache! La vasque, monumental! Les quais avec un croissant de lune au-dessus du musée d'Orsay, Tuileries encore et toujours la vasque, la Concorde, l'Assemblée Nationale mais putain... quelqu'un a pensé à filmer tout ça? Pour qu'en s'en souvienne, pour en faire profiter ceux qui n'ont pas pu le voir. Je suis dans un état second, je ne coure pas je vole. Je tape dans les mains du public, je prends de l'énergie, j'en donne, je parle fort, je demande de temps en temps si on a le score de la finale du basket. J'obtiens des réponses. Je remercie régulièrement les volontaires et la police. Sans eux, il n'y aurait pas les Jeux. Ils me répondent "Merci". J'enchéris "Non, merci à vous!". L'idée qu'on ne garde pas une trace de tout ça me hante à nouveau. "Hey, quelqu'un a pensé à faire des images de tout ça ?". Quelle ambiance quand même. Les coureurs sont dans l'ensemble plutôt aguerris et préparés. Le rythme moyen est correct mais moi je continue de voler...Je rattrape Annick (association "mieux vivre ensemble") qui fait courir Timothée (de mémoire?). J'engage le public à l'acclamer avec des "Hip hip hip hourra pour Timothée". Le passage devant le "210 avenue de Versailles" me bouleverse. Je ne m'y étais pas préparé. Laurent, tu es toujours dans mes jambes! La montée de Ville d'Avray se passe bien. Le public est plus clairsemé mais les gens sont là. Ils en ont eu envie. Et moi qui continue de les titiller régulièrement avec "Ville d'Avray, ça dort! Y avait plus d'ambiance à Sèvres..." J'ai fait ça avec toutes les communes traversées (8 en tout) en prétextant toujours que l'ambiance de la ville précédente était meilleure...réaction garantie! Je passe devant la "villa des sources" et crie à Monique (qui doit logiquement dormir) je suis passé ce soir la voir et que je la verrai la semaine prochaine pour lui raconter ma folle course. Les bois de "Fausses reposes " offrent une fraîcheur bienvenue avant qu'on bascule sur Versailles. Entre temps j'ai suivi la fin du match de basket et la déception des bleus sur le téléphone d'un coureur à côté de qui j'ai couru 10 minutes. Bon...y a plus qu'à se concentrer sur notre course.
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| J'avais un rendez-vous... |
Ça fait drôle quand même de se dire qu'on est en pleine nuit, qu'il est bientôt minuit et qu'on est loin d'avoir fini! Je n'arriverai pas avant demain (dimanche). Château de Versailles dans toute sa splendeur! Le public crie, hurle, tape dans les mains, célèbre ses champions comme si nous étions l'élite de la course de fond. On se reconcentre un peu car le dernier gros morceau approche: la montée de Chaville et sa pente à 13%...Je mets un point d'honneur à la courir sans marcher, je suis un gars de Sèvres moi monsieur! Et pour vous le prouver, voici mon ancienne école primaire dédiée à M.André Pion qui m'a, à une autre époque, asséné quelques coups de règle en métal sur le bout des doigts. La montée a fait des dégâts. Je m'arrête pour donner de la "sporteine" à un coureur en proie à des crampes. Un peu plus tard j'aide un autre coureur à se relever d'une chute. Mon cerveau me dit : "Attention, danger, relax dans la descente..." Côte des gardes (sens descente). Km 31, Nathalie et Anna sont au rendez-vous. Je m'excuse par avance en criant (pour qu'elle comprenne que je l'ai vu et que j'arrive) que j'ai environ 1 minute de retard sur l'horaire de passage annoncé. Elles ont confectionné une magnifique pancarte ou elles ont décidé de faire de moi un champion olympique, j'adore! Petit bisou, petite photo, grande respiration et ça repart! Quelques dizaines de mètres plus loin c'est la famille Pensec qui est venu (courageusement) m'encourager (malgré un départ en vacances aux aurores). Ça me booste et j'oublie les précédentes remarques et recommandations de mon cerveau à mes jambes. J'avale la côte des gardes. Je suis Meudonnais moi monsieur! J'entends " Empire State of Mind" de Jay Z et ma tête est pour un instant à New York avec Delphine, Fabrice, Matthew et Jef. Cela fait près 2H40 que je coure, que je parle, que je remercie, que je "check" des mains, que je vole mais peu à peu la piste atterrissage se présente à moi. Je sors le train avant et m'apprête à poser mon petit avion. De l'utilité de ne pas confondre plan de course et "plan de vol"... Je paie peut être la facture des deux côtes (bien courues), mes frasques, mes communions avec le public, bref mon hyper action mais cela n'a pas d'importance, j'en aurai pleinement profité jusqu'au Km 34.
Les kilomètres me séparant de tour Eiffel sont globalement moins excitants à vivre. Je fais la comptabilité des villes que nous avons prises ce soir. Pas mal du tout : Paris, Boulogne, Sèvres, Ville d'A, Versailles, Viroflay, Chaville, Sèvres encore, Meudon (chez moi!) et Issy les mouls. Pas trop souffert de la chaleur mais mon tee shirt Team Orange était trop épais donc pas très adapté (on fait toujours des erreurs :-)). Il faut quand même que je vous explique pourquoi je porte ce tee shirt (mal adapté aux circonstances de course). On m'avait vendu l'idée qu'en le portant je maximisais mes chances d'apercevoir une petite vidéo de soutien sur écran géant au Km 34 (si toutefois quelqu'un avait pensé et eu le temps d'en faire une...). Bref, je l'ai porté pour rien et au moment de passer devant l'écran et d’espérer quelques images ou message de réconfort, suis tombé sur une vidéo assez mauvaise de deux bambins qui avaient toute les peines du monde à articuler clairement leur message pour encourage leur papa...Ci-dessous, le message que j'aurai pu voir...
Km 38, la Tour Eiffel. Je passe au pied de ses quatre jambes et je lève la tête. Qu'elle est belle avec ses anneaux et son éclairage façon parure en or. "Hey, au fait quelqu'un a pensé à filmer tout ça?". Km 40, la jonction avec ceux du 10 kms a lieu. Tous égaux dans l'effort, quelque soit la distance. D'ailleurs à ce sujet le "Marathon pour tous" a décidé de ne pas publier de classement, juste le chrono, belle idée j'avoue. Je pense à Grégoire (un jeune marathonien) qui en a peut être fini. Km 40, École Militaire, on relève la tête soldat. Paris est une fête ce soir. C'est un sacré feu d'artifice mélangeant couleurs de maillots, nationalités, rythmes et foulées, experts et débutants. On aperçoit le dôme des Invalides puis les appartements privés du Gouverneur militaire de Paris, je bombe un peu le torse. "PNC dernier virage" ça je le crie tout le temps quand il n'y a plus qu'un virage. La zone d'arrivée toute tapissée de bleue est magnifique. Les Invalides dans le dos, le Grand Palais en face. Je ralentis et m'arrête avant la ligne d'arrivée. Je m'allonge au sol et fais mon traditionnel bisou. J'embrasse Paris à pleine bouche. Je me relève et salue "Le gars de Sèvres et El Nino de Neuilly vous saluent bien!". Aucune larme mais une joie intérieure irradiante, on l'a fait! Je déambule dans la "zone après course" et réalise soudain la signification du message précédemment reçu ("cours comme tu n'as jamais couru"). Tout s'éclaircit, tout devient clair à présent. C'est dans l'intensité et le désir de vivre cette course avec les coureurs et le public que la réponse se trouvait. C'est vrai, je n'ai jamais couru avec un tel désir de partage et de célébration. Totalement extraverti et très (trop?) communiquant, je retrouve peu à peu mon calme, une paix intérieure. Je déambule vers les consignes pour récupérer mon sac. Je plaisante avec les volontaires, je souris, je savoure la belle médaille (150g) autour de mon cou. Il est près de 2H du matin, je marche comme je peux pour trouver un transport. Je croise des centaines de coureurs à la démarche plus ou moins vaillante. Il est temps de rentrer et de quitter Paris à regret. Merci Paris pour cette course incroyable. On l'a fait!
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| Stupeur à Meudon, Kipchoge à l'arrêt! |
Épilogue : Dans une course il y a toujours une part d'imprévu, quelque chose qu'on ne va pas toujours maîtriser. Plus l’entraînement est rigoureux moins on rencontre ces aléas. Habitant la côte des gardes, j'ai eu la chance de pouvoir faire quelques sorties sur le parcours officiel et de bien préparer mon corps aux allures nécessaires. Le coureur kényan Eliud Kipchoge n'a visiblement pas eu cette chance. En grande difficulté après les deux cotes (surtout celle de Chaville), il abandonne au marathon des JO devant mon domicile! Un moment rare et certes un peu tragique que les meudonnais ont pu vivre et immortaliser. Le champion leur a souri et les a remercié de leurs encouragements mais il ne pouvait pas repartir. Il finira même par offrir ses chaussures à un supporter italien qui se trouvait au bon endroit. Cet événement m'a inspiré et donné l'idée d'une plaque commémorative sur laquelle on pourrait lire ceci : "Ici même, Eliud Kipchoge a été contraint d'abandonner au marathon des JO Paris 2024, là ou Silian Journé a poursuivi, maintenu le rythme et terminé le marathon".
Kipchoge jette l'éponge et offre ses chaussures
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| 150g autour du cou mais des tonnes de bonheurs! |









