mercredi 5 juin 2024

In the heat of Stockholm (Stockholm me mata!)

Welcome to "cycladique" Stockholm...

Quitter l'aéroport d'Arlanda (Stockholm) et se laisser griser par l'ambiance estivale qui régne ici. Depuis l'Arlanda Express défilent des paysages nordiques sous un soleil généreux. Je ne réalise pas encore que mon seul sweat et blouson ne me serviront pas du grand week-end que je m'apprête à passer ici. Jeudi milieu d'après-midi, je rejoins Marie-Noëlle dans leur magnifique appartement situé à à peine 150 mètres du parcours du marathon (il y passe d'ailleurs 3 fois). Je suis dans le plus beau quartier de Stockholm près du quai d’où partent de petits et ravissants bateaux touristiques mais aussi des bateaux de transports locaux (qu' Hidalgo n'a évidemment pas été capable d'imaginer...). Le quartier est aussi assez branché et en cette fin de journée il flotte ici comme un faux air de St Tropez. Les suédois savent exploiter au mieux cette météo estivale. Les terrasses et Bateaux/Bars affichent tous complets. Je laisse les "beautiful people du nord" s'amuser pour aller faire une dernière séance dans le Djurgarden (magnifique et vaste!). La température de cette fin de journée est assez proche de celle promise samedi après-midi et cela me donne déjà un repère. Les bords de la Baltique m'invitent à me poser et à me baigner. L'eau y est beaucoup plus chaude qu'attendue. Pour la cryo, c'est raté! 
Les chevaux baissent un peu la tête...


Le temps est un peu suspendu avant une épreuve marathon. J'adore particulièrement cet état de calme absolu avant la tempête. Comment bien vous faire comprendre cette excitation irrépressible qui ne fait que monter? C'est une drogue (100% légale) qu'on se fabrique à la sueur de notre corps et qui va durer tout un week-end. Si jamais quelqu'un arrive à la synthétiser dans un cachet, qu'il m’appelle! Je serai son premier et plus gros client! 

Donc pour résumer on a un Silian en pleine forme dans une ville magnifique remplie de beautiful & blond people, accueilli comme un roi par ses amis suédois. En clair, de bons ingrédients pour profiter et performer sur un ruban de 42 kms mais c'était sans compter un invité surprise...

Coffee time à la "Fabrique"

La matinée du vendredi est consacrée à une nouvelle immersion dans Djurgarden et une escale très bucolique (tak sa miket Marie!) autour d'une bonne tasse de café accompagnée d'une pâtisserie locale. J'essaie de ménager mes jambes après une première nuit un peu en pointillés (le soleil de minuit n'offre que 3h de vraie nuit noire...gare à celui qui comme moi jette un œil à 3h du mat! sommeil perturbé assuré...). Un bateau nous ramène au cœur de la vieille ville (Gamlastan à ne pas confondre avec Gangnam Style...). Je pars ensuite en solo au marathon Expo récupérer mon dossard et pêcher les dernières infos utiles (horaires des sas, accès). Tout le monde parle évidemment de l'invité surprise : la température plus qu'estivale. L'horaire de départ (midi) inquiète les coureurs mais l'organisation n'a plus le choix. Il faudra donc affronter 42 kms par plus de 30°C. Malheur au moins entraînés et aguerris, cela risque d’être pour eux une vraie boucherie! L'excitation est maintenant mélangée à de l’appréhension : Vais-je finir entier avec un chrono raisonnable? Je n'ai aucune référence de course avec pareilles températures. Mes marathons les plus chauds (Berlin et Londres) étaient assez en dessous de ce thermomètre qu'on confondrait presque avec celui d'un pays arabe...

Pressure is a privilege!

Samedi 9H. La nuit a encore été très moyenne et peu reposante malgré mon masque de nuit et les rideaux tirés. Le soleil de minuit peut être un vrai piège pour le touriste mal avisé. J'effectue ma routine d'avant course: Gatosport, magnésium, étirements, Nok, tenue, vérification des gels, rappels des temps de passage aux 21, 30 et 40 et des rendez-vous prévus avec Marie et Mathias aux 11, 22 et 38. Quelques exercices de respiration avec Marie (Yogi experte!) et me voila dans les rues de Stockholm pour rallier la zone de départ à environ 15' à pied. L'ambiance dans la zone de départ est très calme et silencieuse. Les suédois, en grand nombre, ne savent que penser de cette météo ensoleillée qui prédit un finish en enfer. Je pars dans la deuxième vague juste après l'élite et les 3H. 
"Allo Minou, au virage 10 je fais quoi?"

Les 10 premiers kilomètres sont assez roulants et je suis plutôt dans le rythme. La foule est assez dense et les suédois nous balancent du "Heja Heja" ce qui veut dire littéralement "Allez Allez". Je suis même un peu en avance à mon premier Rdv avec Marie et Mathias. La suite dans le Djurgarden est assez plaisante bien qu'elle n'offre aucune ombre contrairement aux rues et avenues de Stockholm. Le passage au semi est sans appel : j'accuse déjà un retard d'environ 3' avec un chrono objectivé à 3H30. La suite est forcément plus dure. La température continue de monter et les corps souffrent. Le rythme des coureurs qui m'entourent a encore baissé mais on fait face! "Lycka till" ("bonne chance" en suédois) n'a jamais aussi bien sonné. Tout le monde cherche à courir à l'ombre sur des trottoirs parfois assez minces, quitte à laisser des larges avenues au bitume brûlant quasi désertes. Les vraies difficultés arrivent au 25eme avec la montée sur Sodermalm. Notons au passage que le dénivelé total de ce marathon est assez relevé avec +580m de D+! A partir de ce moment là, mon allure n'est bonne qu'a m'assurer l'arrivée au mythique Stadion (construit à l'occasion des JO de 1912), rien de plus...C'est un "mur" de chaleur que les coureurs affrontent. Les corps sont en sursis et les visages se ferment. Les suédois l'ont bien compris et anticipé. L'organisation a bien réagi en disposant des points d'eau tous les 3 kilomètres minimum. J'en fais une consommation bien plus qu'à l'accoutumée (conso perso estimée +3 litres) . La foule joue aussi son rôle. Beaucoup de suédois ont sorti les vaporisateurs ou gros pistolets à eau et proposent d'arroser et de rafraîchir les coureurs. C'est bienvenu mais malheureusement insuffisant. Kilomètre 30, les meneurs et ballons d'allure du 3H30 m'ont doublé et je n'ai ni l'envie ni les moyens de les rattraper. D'ailleurs les mecs courent presque seuls...ils n’emmènent quasiment qu'eux mêmes et une poignée de vaillants, voire des transfuges issus du sas des 3H15!

Heja Silian!

Les kilomètres sont longs, très longs. J'ai confié à mon cerveau cette fin de course. Mes jambes ne sont plus là, on frôle la désertion. Chaque point d'eau est une oasis ou je prends le temps de m'arrêter, de m'asperger la tête au moyen de grands gobelets d'eau et de boire. Il me reste deux objectifs : mon ultime Rdv avec Marie et Mathias et l'arrivée au Stadion. Je n'ai jamais ressenti de telles difficultés mais je ne suis pas inquiet sur ma capacité à finir ce marathon commencé au paradis et dont la fin est promise en enfer.

Kilomètre 38. Vous voila! Vous voir me fais un bien fou les amis! Mon cerveau est en train d’enregistrer cette séquence pour que je puisse m'en resservir plus tard. Je réalise alors encore mieux que mon corps avance uniquement sur les ordres qui viennent d'en haut. "Voilà un bon exercice pour la tête" se disent mes jambes qui m'ont tout doucement abandonné. "Qu'elle finisse le boulot". Et bien je saurai m'en souvenir!

Kilomètre 41, le Stadion est là, tout près mais il y a encore ce virage et cette longue ligne droite que j'avais oublié. "PNC dernier virage", là oui on touche au Graal. L'entrée dans le Stadion me procure ce grand frisson et me fais oublier mes douleurs. Il y a foule dans le stade et les cris du public font du bien. Je suis en apesanteur, je pourrai faire un tour de plus. Ligne franchie en 3H43. J'accroche avec beaucoup de plaisir et de fierté cette nouvelle et 11eme médaille autour de mon cou. 


Oui de toute évidence cette épreuve était la plus difficile. Oui les conditions météo ont joué (les kenyans ont mis 10' de plus que d'habitude...no comment). Oui beaucoup ne sont pas arrivé au Stadion...Oui cette 2068 ème place/23 000 participants me ravit. Oui l'édition de 2012 (froid, vent et pluie) ne ressemble pas à 2024 (CQFD). Oui quand on porte un prénom inspiré d'un lac suédois, on se doit d'être à la hauteur et au rendez-vous quelque que soit le contexte et c'est bien cela que j'ai envie de retenir.

Je partage volontiers cette 11eme étoile avec tous les "damaged people" et avec tous les gentils suédois qui m'ont encouragé et arrosé (Marie et Mathias compris bien sûr!).

Mon dossard après le combat

Et attention, un marathon peut en cacher un autre. Rdv dans 2 mois pour le "Marathon pour tous" des JO 2024. Et ne vous trompez pas, ce blog ne s'éteindra jamais! Jamais...

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