mardi 17 avril 2018

L'interview d'avant course...

Contexte : Interview réalisée sans trucage à Meudon par un beau ciel clair. A la demande de Silian,  cette interview s'est déroulée dans le confort douillet de leur appartement.

Runner's world Magazine "Bonjour Silian, permets moi de rentrer directement dans le vif du sujet. Te sens tu prêt? parle nous un peu de cette prépa"
Silian:" 11 semaines sans bobos! c'est un première mondiale. En huit préparations marathon cela ne m'était jamais arrivé. Je pense que j'ai enfin trouvé le bon équilibre : des sorties modulées, l'hydratation à chaque sortie, la récup, les bons étirements aux bons moments, les bonnes semelles, pas trop d’excès, bref tout un peu mieux qu'avant".
Runner's world Magazine "Londres, c'est une première, donc as tu une appréhension particulière, des craintes nouvelles?"
Silian " Ma seule crainte est qu'il fasse trop beau et donc trop chaud. Courir par plus de 20°C sur le macadam n'est pas propice à la performance. L'expérience de Berlin me le rappelle à chaque fois (+25°c). A l'inverse, courir dans le froid comme à Stockholm (+3°c), c'est pas génial! Quand je vois le temps que les marathoniens ont eu à Boston aujourd'hui (Le marathon de Boston s'est déroulé dans les pires conditions : 2°c, averses de pluie, vents forts!!), je me dis qu'on a de la chance. Sachons en profiter."
Runner's world Magazine "A quoi occupes tu tes derniers moments avant dimanche?"
Silian " C'est la période que je préfère. C'est totalement excitant de sortir de 11 semaines de prépa et d'avoir à faire son sac tel un alpiniste qui partirait en "expé". Je commence à rédiger une liste des choses à prendre. Je réévalue l'opportunité du matériel, je l'adapte en fonction de la météo qui se précise, bref je vis la course avant la course, c'est vraiment de bons moments crois moi!"
Runner's world Magazine "As tu une image qui te reste de cette prépa?"
Silian "Je préfère ne pas reparler de la météo des deux derniers mois...(Silian baisse la tête puis la relève). Soyon
s positifs, je retiendrai l'image de ce couple de canards que je viens tout juste de retrouver. Je les croise à chaque prépa et toujours au même endroit. Mais ou etiez-vous ces deux derniers mois?..."
Runner's world Magazine "Parle nous de tes amis qui vont courir à londres"
Silian" Delphine fera parler l'expérience. Courir sans réels repères va lui donner le surplus d'énergie dont elle a un peu besoin. Je sais que sa prépa n'a pas été au top mais la "Gazelle du sud" va encore nous surprendre à 50 ans révolus. Marathonienne un jour, marathonienne pour toujours!
Quant à Matthew, il est en forme. Il veut passer sous les 3H30 et il devrait être récompensé. Cette année il court pour une cause qui lui est chère. Son fils Edgar a contracté une maladie qui n'est malheureusement pas si rare. Tous les dons sont les bienvenus pour aider ces enfants à surmonter cette maladie.J'invite tous les lecteurs de mon blog à faire, comme moi, une petite donation à cette adresse: https://www.justgiving.com/fundraising/matt-stansfield1

Runner's world Magazine "Trés bien, on le fera! Mais qu'est ce que tu fais? (Silian se déshabille et endosse un drôle de tee shirt...)"
In fit mode...
Silian " Tiens c'est une EXCLU! Voici ma tenue de course pour dimanche. J'ai tout prévu et surtout une température ressentie à plus de 20°C, je m'adapte aux conditions..."
Runner's world Magazine "Donc ce sera quasi "topless"...A qui penseras tu en particulier durant ce marathon de Londres?"
Silian " A tous les "Damaged people" et à mon regretté "Jef" parti là-haut courir d'autres marathons...Je l'entends toujours me dire "Allez... encore un peu plus, c'est ça, t'y es presque...". Je compte être à la hauteur pour ne pas le décevoir."
Runner's world Magazine "Pas mal de gens suivent tes performances grâce à ton blog, peux tu nous parler d'eux?"
Silian "Ils sont trop nombreux pour que j'en parle...mais je profite de l'occasion pour faire ici une dédicace appuyée à des "hommes de l'ombre".
En tête Coach Rodolphe qui m'a concocté mon plan de préparation. Sa phrase fétiche: On est pas là pour ramasser des merguez! Un coureur tout terrain pour qui la course à pied urbaine ou trail (en très longue distance svp!) n'a plus de secrets.
Coach Nadire grâce à qui j'ai découvert la nutrition sportive. Je lui confie régulièrement le haut de mon corps, je gère le bas. J'aime quand il dit : Une bonne séance, c'est quand on a fini sa gourde.
Enfin Ziad mon kiné. Il n'a pas eu à trop travailler cette fois-ci mais nos deux séances préventives vont forcément payer. Il a un don pour diagnostiquer ce qui ne va pas et te le corriger, jamais vu ça! mais restons discrets sur ses talents car le PSG pourrait bien lui mettre la main dessus...:-)
 
Runner's world Magazine "Avant qu'on se quitte, un dernier message?"
Silian "Londres fait partie des marathon "majeurs" dont le niveau est, semble t-il, plutôt relevé. Eh bien, ils vont voir de quoi est capable le gars de Sèvres! Let's take this Town!




mardi 10 avril 2018

Les recettes d'un record

Arrivée du London Marathon sur "Pall Mall". La Reine veille...
L'histoire n'est jamais écrite à l'avance mais voici un petit inventaire qui peut faire pencher les choses du bon côté. Cela devrait redonner le sourire et une franche motivation à mes camarades coureurs Delphine et Matthew qui vont courir comme moi et qui n'auront pas démérité durant leur 10 semaines d'entrainement et d'efforts!
Donc voici ma petite liste à laquelle je m'accroche depuis une semaine :


  • Ne pas avoir de décalage horaire et donc de "jet lag"
  • Ne pas subir une attente interminable dans la zone de départ (dans celle de New York tu attends parfois plus de 3 heures...)
  • Avoir un profil plutôt plat (le dénivelé est certes un peu plus relevé qu'à Berlin ou Chicago mais Londres est semble t-il assez "roulant")
  • Ne pas avoir fait un don du sang 12 jours avant (cette fois ci on ne m'y prendra pas!)
  • Avoir suivi un entrainement à la lettre et sans "bobos" (c'est une première!!!)
  • Pouvoir compter sur une ambiance qu'on annonce juste exceptionnelle!
Voici maintenant les choses que je ne contrôle pas et qui peuvent avoir une influence capitale sur nos performances :
  • La météo. J'en ai assez soupé de la boue, pluie, neige, glace, températures hivernales....Marre je vous dis! Un jour j'airai au "Paradis"car c'est en "Enfer" que j'ai passé mes 11 dernières semaines...Donc en résumé s'il pouvait ne pas trop pleuvoir et faire environ 10/12°C, je signe!
  • La vague de départ. Ça peut vous faire gagner ou perdre 5 bonnes minutes voir beaucoup plus, croyez-moi. 
  • Ton état de fraicheur le jour "J". 
Je me suis efforcé pendant ces dix dernières semaines à repousser mes limites, à sortir de ma fameuse "zone de confort". Je n'attends pas à ce que ça soit plus "facile" mais "mieux" à chaque fois. J'attends maintenant d'être payé, de pouvoir mesurer ma progression, de jauger ma forme. A chaque veille de marathon, je ressens la satisfaction d'avoir suivi une préparation exigeante. Rien ne pourrait me retirer le bénéfice de mes sorties (une quarantaine) ou j'ai  parfois vécu l'enfer et quelquefois (trop rares...) l'extase...
Alors oui, il est tout proche ce jour que j'ai noté fébrilement dans mon agenda il y a cinq mois. Un tout nouveau parcours, une ville à "prendre", une étoile à aller décrocher et peut-être un record à faire tomber! Let's take this town!





vendredi 30 mars 2018

mardi 20 mars 2018

de la boue jusqu'aux ongles....

La bonne bouillase, y en a pour tout le monde!
L'idée de départ était sympa. Aider mes amis des "Dunes d'Espoir" à finir l'Ecotrail 80 kms. Pour l'avoir fait l'an dernier (en 3H30), ce petit bout de trail devait être une formalité après 6 semaines de préparation pour Londres. Sauf que voilà...c'était trop beau! Le temps nous a joué un drôle de tour. Dès samedi matin, il est tombé des trombes d'eau... comme si nos forêts avaient besoin de ça en ce moment! Sans discontinuer, la pluie puis la neige sont tombées.

Un peu inquiets pour l'équipage des Dunes, parti à midi depuis St Quentin en Yvelines avec l'un des trois enfants participants (Enzo, Ulysse et Louna),  j'ai suivi la joëlete sur le "tracker live" et j'ai vite compris que notre rdv prévu à Meudon allait être, comment dire...décalé.

Ce n'est que vers 19H que j'ai retrouvé mes coureurs en "jaune fluo" et pour la plupart l'énergie manquait déjà franchement. Dur d'imaginer la suite de cette aventure de nuit, dans la boue et dans le froid...avec 35 kilomètres devant nous. Et de boue il en fut franchement question à un niveau à peine imaginable. Des chevilles entières qui disparaissent dans une boue tantôt liquide tantôt solide...déjà que les conditions n'était pas top, mais là c'est Verdun! Notre équipage a plus des allures de troupes d'Empire Napoléonien battant retraite en Russie. C'est une vraie et belle "Bérézina" qui se rejoue à la lueur de nos pauvres frontales et dans une indifférence quasi absolue hormis nos seuls et vrais soutiens : l'équipe suiveuse des Dunes qui nous ravitaille et nous permet de changer de temps en temps de pilote (c'est à dire d'enfant...).

2 heures que je coure avec eux (donc 9H qu'ils courent!) et se pose la question de la "barrière horaire". Forcément ces conditions ne nous aident pas à retrouver un rythme de compèt. Je prends un maximum de relais (comprenez : personne ne se presse pour prendre mon relais) et j'avale comme je peux ces kilomètres dans une boue qui atteint parfois 20 cm de profondeur...DINGUE! Qu'on ne vienne pas me dire que c'est pas du Trail!


4 heures plus tard, on a sauvé un peu les meubles. On est parvenus à rester légèrement en dessous des barrières horaires mais la boue, elle, ne nous lâche pas d'une semelle. On bénit les rares portions  bitumées mais pour rappel l'Ecotrail paris c'est plus de 90% de chemins Nature...
Bois de Meudon, Chaville, Sèvres, Viroflay, Ville d'Avray, Fausses reposes et à présent Parc de St Cloud, la bonne grosse boue bien liquide ou semi solide est PARTOUT! C'est Verdun la guerre en moins bien sûr...

Minuit a sonné...je quitte le groupe des Dunes après les avoir mis sur un beau ruban d'asphalte tout plat, tout propre et garanti 0% de boue. Je les sens heureux. Les plus marqués par l'effort se réveillent. Ils savent qu'ils auront les honneurs de la Tour Eiffel. L'enfant qui nous guide (Enzo) est tout à son excitation. On le serait à moins. Dans une petite heure il sera au premier étage de la Tour Eiffel accompagné de sa troupe des Dunes après 13H d'efforts! Leurs jambes redeviendront légères, le froid sera vite oublié et quelques larmes couleront sur les visages. Good job les Dunes! C'était encore une fois osé mais vous l'avez fait et bien fait!

Ce genre de course te rend évidemment plus fort. Une rando-course, dans ces conditions, augmente ta confiance et on peut parier qu'après ça, tu ne crains plus grand chose...
de la même couleur que la moquette de mon immeuble...ça tombe bien!
       



jeudi 15 mars 2018

Mouillé mais toujours debout!

Ce blog reprend du service pour vous faire partager mon dernier projet : le marathon de Londres. Nous sommes à moins de 6 semaines du jour "J", et pour une fois,  ma préparation se déroule absolument sans accroc. Pas de petits ou gros bobos, je n'ai pas sauté une seule séance, bref un plan respecté à 100%! Même mon genou gauche, qui était un peu douloureux après New York, me laisse tranquille. Non, vraiment nada. La seule chose dont je me plains, c'est la météo qui nous offre des conditions d'entrainement vraiment pas faciles. Si vous voyiez l'état de mes chaussures...Les appuis en forêt sont parfois très limites et je ne reviens même pas sur l'épisode "neige à Paris", où après avoir eu un jour parfait, il a fallu bouffer de la neige en soupe, des flaques d'eau glacée, des plaques de glace et de la boue mélangeant un peu les trois! Je dis STOP et je revendique un peu de terrain propre et relativement sec. Les forêts sont pleines de nouvelles petites rivières que je n'avais jamais vu avant. Ces conditions m'ont poussé (moi et mes amis coureurs) à retourner sur des rubans de bitume même si nous savons tous que c'est pas l'idéal pour nos articulations. Je me suis aussi acclimaté à la piste d'athlé de l'hippodrome d'Auteuil, ça change...et c'est surtout sec!

Bref je contrôle les éléments "intérieurs" mais reste impuissant sur ce qu'il me tombe sur la tête...Chaque jour qui passe peut sembler ordinaire mais il me rapproche de mon but extraordinaire: taper mon record à Londres!
  

vendredi 8 décembre 2017

Je reçois ton souffle

Mon "Marathon Man" a cessé de respirer. L'homme dont j'ai voulu suivre les foulées n'est plus. Il a franchi sa dernière ligne d'arrivée et jusqu'au dernier moment il est resté maitre de sa vie. Je reçois donc son "relais" et espère le porter le plus longtemps possible sur tous les terrains ou mes jambes et mon souffle pourront m'amener. Et je continuerai, j'en suis sûr, d'entendre cette petite voix durant mes entrainements solitaires "vas y, encore un peu, continues comme ça...".
VA - NY - Kerjouano.    

vendredi 10 novembre 2017

Une revanche, un triomphe et un record!

The big four ou "Special 15-15" réuni!
Les mots me manquaient. Je ne savais pas quoi écrire. Encore sur mon nuage...l'édition 2017 du marathon de New York restera pour moi un très grand moment à plus d'un titre! J'ai été payé de la plus belle des manières après une préparation certes exigeante mais réalisable. J'ai développé de la confiance, connu quelques petits "bobos" mais j'ai fini fort. Je me répétais souvent durant mes entrainements "I'm strong, I'm fast!", bref je sentais être promis à une bonne performance. J'ai texté la veille "quelque chose va arriver..." car j'étais confiant dans ma capacité à taper mon record (3H26 à Berlin) mais de là à descendre sous les 3H20...compte tenu de ce que vous allez découvrir plus bas, non vraiment pas! Êtes-vous prêts à revivre cet exploit et à partager l'intimité de ma performance? Alors remontons le temps!

Biz Bed expérience! Merci Kian!
Paris Orly, mercredi 1er novembre. J'ai droit à un traitement VIP à mon arrivée au comptoir de British Airways. Mon ami Kian a passé des consignes qui vont au délà des mes espérances (accompagnement jusqu'au Lounge puis surclassement en Biz Bed!). A mon arrivée à Newark, je suis presque aussi frais qu'au décollage, du jamais vu! Merci Kian! J'arrive dans Manhattan et suis saisi comme d'habitude par la hauteur des buildings. Les parfums sucrés/salés des kiosques des vendeurs ambulants parviennent à mes narines, les sirènes des véhicules de police hurlent...bienvenue à NY!

Le lendemain commence de la plus belle manière avec un décrassage dans Central Park et bien entendu au "Réservoir". Central Park est naturellement aux couleurs du marathon. Barrières, drapeaux, tribunes, ligne d'arrivée...tout est fin prêt pour dimanche. Cela fait aussi grandir notre excitation. Il n'y a pas de meilleur moment que celui là. Quand tu sors d'une prépa de 2 mois et demi et que tu cours au Réservoir avec des centaines de joggeurs venus du monde entier, tu réalises ô combien la chance d’être là. Le reste de la matinée est consacrée au retrait des dossards dans le Jacobin center. C'est la grande messe commerciale ou "New Balance" a mis le paquet pour nous faire cracher quelques dollars et ça marche! Il fait chaud à NY et l'on retrouve vite en teeshirt. Tout serait parfait si je ne ressentais pas une douleur au tibia droit depuis deux bonnes heures. Mais qu'est ce donc que ça? Nous déambulons dans NY, visitons "one world observatory" (Liberty Tower) puis allons faire un tout sur le Brooklyn bridge envahi par les touristes et marathoniens. De retour à l'hôtel, je décide de "traiter" mon problème au tibia qui ne s'arrange pas. Aspirine + glace, on verra bien demain...
Sans danger...

I LOVE Réservoir!

Vendredi matin. La nuit a été compliquée malgré la mélatonine fraichement achetée. J'ai fait l'erreur de surfer sur le net pour rechercher l'origine de mon trauma au tibia: Périostite Tibiale! Les avis et conseils formulés ont l'air unanimes : stopper toute activité physique...Glups! et je vais faire  comment moi pour courir dimanche? Honnêtement j'ai encore plus mal que la veille. Marcher est déjà un peu douloureux... alors courir? Dès le petit déjeuner, mes amis sentent bien que je suis tracassé, à juste titre, par ce tibia. On allège un peu le programme, on favorise au maximum le métro, bref on tente de  mettre les chances de mon côté. Vendredi soir, match NBA au Madison Square Garden. L'ambiance du match me fait complètement oublier mon tibia. On passe une belle soirée en attendant la traditionnelle course de 5 kilomètres (ONU Dash Run) qui a lieu le lendemain. Normalement c'est un gentil warm up pour les coureurs venus des 4 coins du Monde mais pour moi cela va ressembler à un test couperet : ça passe ou pas...double dose de mélatonine!
Madison Square!

Go KNICKS Go!

All set!
Samedi matin, je suis un peu tendu mais je vais vite savoir. Nous quittons l'hôtel en compagnie de nombreux français venus courir le marathon. La plupart sont des novices et certains courent même leur tout premier marathon. On trottine à peine, donc difficile de se faire une idée. Arrivés à Times Square on rejoint pas loin de 200 coureurs français pour la traditionnelle photo souvenir. Clic clac et avant vers Grand Central Station. Bon, faut que je sache là, parce qu'on fait quasiment que marcher. Sur la 42eme qui mène à l'ONU, je place deux trois accélérations légèrement soutenues. Ça fait mal mais c'est assez gérable. Est-ce que la douleur va s'amplifier au fil des kilomètres? On intègre notre SAS de départ. Bon soyons clairs, il n'y a strictement jamais eu d'enjeu sportif lors de cette course. Il s'agit de profiter d'un moment de convivialité entre coureurs étrangers. Le départ est enfin donné! Je cours, ça tient ! Ça chauffe mais j'ai malgré tout de bonnes sensations. Pour mieux me rassurer je me mets sur mon rythme marathon (4'40'' au kilo soit un petit 13km/h), ça tient toujours. Je fais de nombreux aller retour vers mes amis car je cours évidemment trop vite. Logiquement je ne devrai pas m'imposer ce rythme la veille d'un marathon mais là, il y a comme une urgence à savoir si le mal est profond ou non. On s'offre un final à 4 sur la ligne d'arrivée. J'ai retrouvé un mental d'acier car je sens la chose possible. Plus de doutes, je serai de la partie demain! L'excitation qui était retombée vendredi est repartie de plus belle! Je jubile littéralement à l'idée de "pouvoir" courir demain.
4 coureurs et 5 kms pour se rassurer! You have a GO!

La journée s'enchaine à merveille. J'assiste à un match parfait du PSG à Angers (victoire 5 - 0) depuis le repère des supporters parisiens exilés à NY (Legends Bar sur la 33eme). La "petite bière" devant le match ne me manque même pas. En sortant, je m'offre un Wendys vite fait bien fait au pied de l'Empire State.
Magic and quiet time on the "High line"


Dans l'après midi nous faisons une petite promenade sur la High Line. On y croise pas mal de coureurs venus comme nous s'oxygéner un peu avant la course. Le temps est incroyablement doux. Dernier rayon de soleil face à l'Hudson River, il est temps de rejoindre l'hôtel et d'y préparer la "Pasta Party" agrémentée du Gatosport cuit dans l'après midi. J'ai prévu un film "docu" sur le running qui s'intitule "Free to run". Film qui retrace notamment le combat de certaines femmes qui ont du lutter sévèrement pour avoir le droit de courir aux côtés des hommes plutôt que de courir dans leur cuisine...On y voit aussi le développement et ascension irrésistibles de Fred Lebow et de son marathon de NY. Ces images nous inspirent. 21H30 dispersion dans nos chambres. 23H je ne dors pas. Comme je sais qu'on gagne une heure cette nuit, j'ai moins de scrupules. Le réveil est réglé à 4H30. 1H30 (nouvelle heure) j'ouvre un œil. Pendant trois heures je ne vais pas vraiment dormir. Je ressens trop l'évènement, impossible donc de me rendormir mais ça n'a aucune importance car la dernière nuit ne compte jamais, parole de marathonien!

Dimanche 5 novembre, NY s'éveille. Il fait encore nuit. Je descends petit déjeuner, enfin finir mon gatosport en compagnie de mes amis. Edith, après une alerte gastrique, va beaucoup mieux. Moi, j'ai un sourire aux lèvres qui ne me quitte pas. Je sens quelque chose arriver...Rien ne pourra se mettre en travers de mon chemin. Les cars démarrent selon un ballet parfaitement rodé et nous déposent au Fort Wadforth. L'attente va durer plus de deux heures. On s'allonge sur un tas de paille qui isole nos corps du sol froid. Edith a cette réflexion amusante: "tu claques près de 3000€ pour venir à NY et tu finis dans la paille!". Selon une source, le salaire médian des américains qui participent au marathon est de 100 000 $ annuels. Et tout ce beau monde finit comme nous... dans la paille!
Dimanche 4H30, let's Rock!

9H50 - Verrazano Bridge - Le canon des marines tonne deux fois, Boum Boum c'est parti! Le pont est long (3 kms), surtout ne pas partir trop vite et garder la tête froide malgré les nombreux hélicos qui te survolent (NYPD, CBS, Média...), le vent qui forcit et mes jambes qui sortent de trois heures d'attente statique. Passé le pont, on pénètre dans Brooklyn ou l'accueil est dingue! J'avais oublié que les américains ne faisaient pas les choses à moitié : ils brandissent des pancartes dont les messages s'adressent à tous, ils te hurlent dessus, actionnent des cloches qui tintent par centaines, crient "Allez la France!", te disent que tu "look awesome!", bref ça braille tellement que tu ne peux même pas entendre ton MP3! Mon rythme est parfaitement calé avec mon objectif initial, les kilos défilent en 4'40'' voir un peu moins. 5, 10, 15, 20 bornes très propres, pas de douleurs trop fortes. Arrivé sur le Queensboro bridge les choses se corsent sérieusement car mon rythme chute dans cette montée assez sévère...5'40'' au kilo!! serait-ce déjà le mur? Autour de moi, les visages sont un peu plus fermés, la plupart sont dans le dur. Cette portion est très silencieuse car totalement dépourvue de spectateurs. Puis la rumeur se fait entendre à nouveau car on s'approche de la 1ere avenue. Ma vitesse redécolle, le passage du pont était un simple avertissement sans frais. J'enquille les 7 bornes de la 1ere avenue sans faillir et toujours sur le bon "pace time". Au 35 ème, je sens que je fournis un peu plus d'efforts pour maintenir le rythme mais rien d'insurmontable. Les new-yorkais nous soutiennent comme si leur vie en dépendait, totalement incroyable! Sans mentir, j'ai du entendre au moins 1000 fois les new-yorkais me dire "Go France, Silian ou allez France!". Tu ne peux pas tous les remercier, alors tu tapes dans leurs mains de temps en temps et ça me donne un surplus d'énergie. J'ai beaucoup de mal à comprendre ceux qui disent qu'on ne vient pas à NY pour "faire un chrono"...Bien au contraire! Avec une foule aussi hystérique, comment veux tu ne pas tout donner? Et je donne beaucoup. Je sens qu'aujourd'hui je peux accomplir la course parfaite, sans aucune sensation de "mur", à un rythme maitrisé jusqu'au dernier kilomètre, le run le plus abouti de ma vie, c'est aujourd'hui! Alors oui je suis un peu dans le dur dans la montée de central park ou un idiot (le même à chaque fois?) hurle à qui veut l'entendre "one more mile to go!" alors qu'il en reste au moins 3 assho...! Vient enfin mon moment de grâce. Sur ma droite je laisse le "réservoir" pour courir sur un ruban légèrement vallonné. Il ne reste plus que deux kilomètres. Je profite d'une première petite descente et je constate que je double un paquet de coureurs. Je m'offre même un kilo en 4'30'' alors qu'on est au 41 ème! Amazing. 42eme, je continue d'en doubler un paquet, j'arrive sur les derniers 400 mètres entouré des drapeaux de tous les pays. La ligne d'arrivée approche. Avant de faire ma "célébration" habituelle, je lève la tête au ciel et adresse un message aux deux êtres chers à qui j'ai pensé à chaque kilomètre (Dad and Jef) et qui m'ont bien accompagné. Je pense aussi à mes grands-mères..."je suis un gars de Sèvres moi! On me la fait pas!". Je m'allonge sur le sol et embrasse le bitume. Je repars les bras tendus et franchis la ligne. 3H18'08''! Boum! Moment de joie intense, mon corps continue d'avancer tout seul alors que les "Finishers" autour de moi semblent être dans de grandes souffrances...L'émotion ressentie n'a aucun équivalent. Ça valait bien trois mois de prépa et deux ongles (ce que je découvrirai après...).

Dephine, Edith et Olivier, partis en vague 3, prolongent le plaisir et finiront respectivement en 3H56 et 4H (je fais grâce à Edith de ces fameuses et couteuses 16'' sans lesquelles son bonheur aurait été total...enfin 16'' c'est quoi sur un marathon? 0.1%...n'en parlons plus!).

Mon nom en "page 2" du NY Times special edition

ÉPILOGUE: D'abord techniquement cette perf m'a "contraint" à modifier le titre du blog. Ce marathon restera comme le plus accompli ce qui m'a valu un texto du Coach "Je suis fier de toi...". So proud! Plus je vieillis et meilleures sont mes perfs. Je pense qu'il me reste encore des records et des émotions inoubliables à aller chercher. Mon corps, cet instrument incroyable que je commence enfin à comprendre et maitriser après 12 ans de pratique, m'a fait un sacré clin d’œil. 12 ans sur l'échelle d'une vie c'est pas grand chose finalement. Il m'est encore difficile de décrire ce que je peux ressentir au plus profond de ma chair. Peut-être qu'un jour mes enfants pourront vivre de pareilles sensations et pourront ressentir cette véritable "connexion" avec leur corps. Moi je vais continuer d'explorer mes limites pour éprouver ces moments de rare intensité. Le message envoyé à New-York était "Regardes, je suis vivant! et à travers moi ceux que j'aime aussi!". Maintenant que toute cette fièvre est un peu retombée, une question trotte dans ma tête : "Quel message vais-je pouvoir envoyer à Londres (22/04/2018)?". Let's take this town!        


Vous étiez dans ma tête et dans mes jambes...
Le gars de Sèvres vous salue bien!