mercredi 10 avril 2019

Madrid 2019, les participants!

Fini le blabla. A 17 jours d'un marathon on est prêts ou on ne l'est pas...C'est aussi limpide que ça. 9 semaines de prépa derrière moi avec quelques bobos, l'idée est maintenant d'aborder mentalement ce fameux jour J. Crainte ou angoisse pour certains, je suis plutôt du genre "serein" parce que le plus dur réside, selon moi, dans la préparation d'un marathon et non dans l'accomplissement de 42 "petits" kilomètres...Pensez, n'importe quel coureur (même le plus "amateur") se présente à un marathon avec environ 300 à 500 kilomètres parcourus sur 10 à 12 semaines. Il faut donc relativiser et accepter l'idée selon laquelle on a fait clairement le plus dur. Aguerri aux sorties "longues" depuis près de deux mois, faire 13 ou 14 bornes de plus que la "sortie longue de référence" n'est pas insurmontable en soit. Il est donc agréable et tout à fait réaliste de déclarer : je suis prêt!
Alors je ne résiste pas au plaisir de vous présenter le plateau des coureuses et coureurs qui vont  courir comme moi la samedi 27 avril. Leur état de forme, leur palmarès, leur objectif, ce qui les caractérise, ce qui les motive...je vais tout vous dire ou essayer du moins.
  
Nacho au milieu, le plus grand! Que guapo!
Tout d'abord honneur aux locaux et à ceux qui ont fait germer en moi l'idée de venir courir à Madrid.
Gerardo y Nacho sont deux frères et deux amis très chers. Nous sommes plus habitués à descendre ensemble des pistes de ski ensemble ou quelques bières que de courir après un chrono. Gerardo et Nacho en sont à leur troisième participation au semi de Madrid et quoi qu'il en coûte, ils finissent! Ils sont généreux malgré les obstacles, déterminés et totalement animés par la compétition.
 "Siempre de pie"pourrait être une devise qui collerait assez bien à leur caractère. Engagés sur  le SEMI de Madrid. Objectif : le finir!
Gerardo et son faux air d'André Agassi...! Fénoménal!

Lætitia et Vincent forment un délicieux couple d'expatriés arrivé à Madrid il y a plus d'un an. Pour eux aussi le challenge sera important car il n'est pas toujours facile de combiner vie pro et entrainements. Ils ont fait le choix de courir "ensemble" le Semi.Vincent, quoi que plus expérimenté, s'est visiblement un peu blessé sur la fin de sa préparation. Qui des deux arrivera donc en premier sur la ligne?

Matthew. Comment vous présenter le "Brexiter"? Ni tout à fait anglais ni tout à fait français, Matthew sait s'adapter à tous les environnements. Je lui avais concocté un joli plan d'entrainement dans l'espoir de le voir enfin réaliser son rêve, à savoir passer sous les 3H30 mais comment dire...il n'a pas vraiment respecté le plan ni les consignes environnantes... Un peu freiné par une petite blessure de surcroit, on ne peut pas dire qu'il arrive le couteau "entre les dents" mais plutôt en gentil participant prêt à en baver un peu (eh oui, qui ne s'entraine pas souffre...). Palmarès : Berlin, Londres, Paris. Engagé sur le marathon de Madrid. Objectif : S'il passe sous les 3H30 je paie le champagne (et pas du cava espagnol hein...). 
  
Delphine, ONU New York souvenirs...
  
Delphine : La "gazelle du sud" est loin d’être une novice et ne vous laissez pas abuser par sa catégorie "V2F" car elle risquerait de vous la renvoyer en pleine tête tel un boomerang. Delphine a des ressources quand certains sont à sec. Son secret? Trouver de l'énergie quand tout semble joué ou perdu. Véritable lionne du désert, elle risque de faire mal sur sa distance fétiche. Elle résume à elle seule l'esprit du running et notamment de "born to run": On n'arrête pas de courir parce qu'on vieillit, on vieillit parce qu'on arrête de courir! Palmarès: Florence, New York, Paris, Londres...quelques trails et je ne compte pas ses Semis....Objectif : souvent le même, à savoir rester sous les 4 heures. Cette performance à Madrid compte tenu de la topographie du tracé serait un perf magnifique qui prouverait qu'avec un entrainement "allégé", on peut réaliser de grandes choses!

Alexandra, l'ainé des filles de Delphine, a fait le choix volontaire et fort de courir le Semi. 21 ans à peine et déjà des perfs remarquables (2H à Marseille). Alexandra a une vie de course à pied devant elle...pourvu qu'elle trouve le bon rythme et qu'elle ne s'emballe pas dès les premiers kilomètres (péché mignon des coureurs débutants). Les premiers kilomètres en montée en direction du Bernabeu devraient, je pense, calmer son ardeur...
Minou amore mio ! Admirez cette foulée!

Katell : Elle a tout d'un soldat. Elle sait se faire discrète et intervient là ou on a besoin d'elle. Correctement entrainée pour participer au Semi, elle a formé de le vœu d'accompagner sa copine "Nath" sur 10 kms et lui donner ainsi une motivation supplémentaire. Beau geste, bel esprit!

Minou : C'est quand même assez excitant de savoir que ta femme participe à la même fête que toi pour une fois...et qu'elle va même se lancer avant toi... Toute grande première a de quoi m'émouvoir un peu je dois avouer. Elle s'est entrainé avec le sourire et a trouvé un rythme qui lui convient. Verbatim : "A ce rythme, je pourrai courir beaucoup plus longtemps...". Ce qui me rend jaloux c'est qu'elle est capable de faire du 175 pas minute alors que j'en fais à peine 164...Elle est née pour la course à pied mais elle l'ignorait :-) Elle va mettre du cœur et va savourer sa première vraie compétition sur ce 10 kms. L'ambiance, la foule et le cadre vont logiquement opérer et je l'envie presque de découvrir tout cela pour la "toute première fois"...J'ai trop de courses dans les jambes et de médailles au fond ma cave, j'ai tout simplement oublié ce que ça fait. Minou...apprends moi à courir 175 pas minute!
   
Enfin moi... mais ai-je besoin de me présenter?...









jeudi 28 mars 2019

A l'école de la rigueur et de la volonté

Un jour j'aimerai que mes enfants tombent sur cet article, me lisent et comprennent un peu mieux de quoi est faite la "planète Marathon". Non pas pour les détourner ou les dégouter de me suivre dans cette discipline, bien au contraire! J'aimerai leur faire comprendre tout ce que je ressens et qu'ils puissent connaitre tous ces "petits plus" qui font du marathon une discipline un peu hors norme. Quelqu'un a écrit : "il y a trois sortes d'hommes, les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer". J'ajouterai une quatrième catégorie : les marathoniens!

J'ai beaucoup de respect pour celles et ceux qui vivent de la mer et naviguent sur la grande bleue. Le temps y est distendu, le rythme peut être à la fois infernal ou totalement ralenti. Le corps prend assez "cher" parce qu'il est à la fois projeté sur et contre les éléments et que le repos n'y est jamais total (parole de marin!). Avec un peu de recul, ce "huis clos marin" me fait penser à un plan de préparation marathon. Tu t’immerges pendant près de 12 semaines dans un espace fait d’entrainements, de préparation physique et de phases de récupération sans jamais quitter des yeux ton objectif, ton "azimut" vers lequel ton corps est entièrement aimanté...le jour J du marathon.
A run in Jaipur (INDIA)

 Certes, préparer un marathon rime souvent avec rigueur mais le chemin est rempli de vrais petits et grands bonheurs. A toi il revient le privilège d’être le témoin d'une forêt qui s'éveille de bon matin, de croiser des animaux que peu de citadins voient, d'explorer comme personne des villes qui te semblent familières après seulement 2 sorties...Et que dire du bonheur qui t'irradie quand ta séance s'est bien déroulée et que tu rentres dans ton foyer, à peine réveillé, le devoir accompli. J'ai parfois le sentiment qu'une deuxième journée est sur le point de commencer et je l'aborde avec un excès de force et de détermination qui nulle autre discipline sportive ne m'a jamais offert!
Ce que mes yeux voient...

 
Ajoutons aussi une bonne dose de motivation pour faire ce que j’endure, pour avaler ma dose hebdomadaire de kilomètres sans pour autant rompre avec le plaisir de courir. Il y a un côté un peu "mécanique" du corps et du cerveau qui accepte d'aller au combat sans trop se poser de questions. La mise en chauffe est purement technique avec un minimum d'émotions. Ce n'est qu'après avoir couru 20 minutes et retrouver des sensations que ton corps envoie quelques signaux émotionnels. Il a accepté de sortir sans se plaindre, il a obéi aux ordres, maintenant il commence à apprécier et il bascule dans le "gagnant/gagnant".

Feuille 2 Week 6..ça pique un peu!!
Sixième semaine de prépa, la plus piquante de toutes! Près de 60 kilomètres à avaler sur 4 séances en alternant des sorties techniques basées sur la vitesse et d'autres sur l'endurance fondamentale. Pas de quoi trop rigoler ni réfléchir, il faut se contenter de livrer et à l'heure! Cette semaine marque une frontière évidente et attendue car les charges d'entrainement diminuent peu à peu une fois cette semaine franchie.
Semaine 7, tout va bien, trop bien même...quelques petits signes avant coureurs qui pourraient annoncer une blessure auxquels je ne prête pas trop d'attention. Pire... je les méprise. Je suis un gars de Sèvres, on ne me la fait pas! N'empêche qu'à trop se convaincre qu'on est indestructible, l'addition finit par tomber. Mardi, j'attaque la séance et en plein milieu CRACK BOUM HUE je rentre en trottinant...:-(


La blessure fait de toutes façons partie du contrat. Tu pousses ton corps dans ses limites et tu sais parfaitement dans quoi tu t'engages. Avec le poids de l'expérience je dirai même que c'en est presque réconfortant. Si je force un peu le trait : "Je suis blessé parce que je me suis bien entrainé". Bon, il s'agit quand même de revenir au plus vite et pour cela il y a Ziad le "sorcier". Ce que j'apprécie vraiment chez ce Kiné (en or!) c'est que certains mots ne font pas partie de son vocabulaire : Déchirure, rupture...Il adopte une attitude toujours positive, te fait "souffrir" comme il faut et la reprise n'est jamais très loin avec lui. Mais que ferais-je sans Ziad? Confidence pour confidence, la reprise après blessure a presque quelque chose de palpitant et d'excitant. Cela va t-il tenir? Combien de temps pourrais-je courir? Quand une reprise se passe bien, cela crée des sorties mémorables. Tu reprends le contrôle, tu es à nouveau le Roi dans ton château!

Vivre sa passion marathon c'est tout un ensemble de choses réunies. Ça passe par des performances, des sensations, du bien être qui te fait rajeunir de 15 ans, des doutes, des douleurs, des bonheurs simples, des privations et sacrifices, le respect du plan, des nouveaux amis, le respect que tu inspires chez les autres, la confiance en soi, le dépassement, l'accomplissement...et cette sensation toute particulière d'être ni mort, ni un simple vivant, ni un marin non plus mais d’être fait d'un alliage rare et d'avoir tes deux pieds connecté à la Terre!
Quand la ville dort...
     
Mes enfants, si vous lisez ces mots, quoi que vous entrepreniez, vivez votre (vos) passion (s) à fond! Quitte à se perdre un peu, entretenez le feu, soyez volontaires, ne calculez pas trop, donnez vous. Trop de gens souffrent de ne pas avoir de passions et passent clairement à côté de leur vie... Il n'est pas nécessaire de faire partie de l'élite, ni du très haut niveau amateur car le haut niveau amateur est déjà une belle médaille en soit pour la vie!



mardi 12 mars 2019

Ensemble, on est plus forts!

Ça vous a pas paru un peu long, tout ce temps, sans des nouvelles de votre coureur du "bois de Meudon"? A moi si...Reprendre l'écriture de ce blog me procure à la fois du plaisir mais indique surtout qu'une bataille se prépare...

J'avais un temps imaginé courir Boston (le Graal!) mais plusieurs facteurs sont venus brouiller ce projet. Au premier rang desquels un joli bobo musculaire au mollet gauche m'imposant près de 3 mois d'arrêt (du jamais vu!). Il est trop hasardeux de s'inscrire à une course 6 mois à l'avance sans avoir la garantie de pouvoir la préparer sérieusement. De même qu'il est clairement fantaisiste d'engager plus de 3000$ dans une aventure aussi incertaine. Bref, j'ai rayé Boston de ma tête dès le mois de septembre et attendais qu'un autre projet vienne le remplacer.

Ce que me disait une "petite voix" en moi résonna bientôt comme une évidence. "Mais bien sûr! C'est Madrid dont j'ai envie!". Je pourrai ainsi retrouver mes amis espagnols qui me font, à juste titre, remarquer que j'ai couru dans beaucoup de villes mais jamais chez eux... Madrid, c'est pouvoir m'exprimer sur un marathon qu'on dit convivial et d'un format beaucoup plus humain (limité à 15 000 coureurs). Choisir Madrid c'est aussi se détourner, sans regrets, de ces marathons au label "Majors"qui peuvent être, sous certains aspects, de vraies kermesses commerciales avant d’être des événements sportifs. Et le vrai "double bonus" dans tout ça, c'est de participer tous ensemble à la course de son choix (10k, 21k, 42k) le dimanche matin et de partir presque tous en même temps.
Le serpent de 42 kilomètres..Fénoménal!


L'aventure n'est plus solitaire. C'est un projet à plusieurs ou chacun s'investit en fonction de son expérience, de ses envies et de ses aptitudes. Au final, nous avons tous un rendez-vous le dimanche 28 avril(*) au matin. Quoi de plus beau que d'aller ensemble prendre part à cet événement? J'en frémis d'avance et je récite, dans ma tête, le verbe courir : je cours, tu cours, il ou elle court, nous courons, vous courez, ils courent...Magnifique! Ce sera donc Madrid où nous devrions être 12 coureurs (avec quelques surprises...chut!) au départ.


(*) Le premier ministre espagnol ayant décidé de dissoudre le parlement, les élections prévues le dimanche 28 avril ont finalement poussé les organisateurs a anticiper la date du marathon et ce principalement pour des raisons de sécurité. Au final nous courrons donc le samedi 27 avril.    




lundi 21 mai 2018

25 bosses pour les 5 Boss...

Michael, Olivier, William, Erwan et moi
Je m'étais juré d'y retourner pour partager ce parcours sublime avec des amis. C'est chose faite dans des conditions absolument parfaites. Avec un temps magnifique, nous nous sommes régalés pendant près de 3 heures dans ces décors de rêve. J'en ai encore plein les yeux. Les "25 bosses" ne ressemblent décidément pas à nos forêts de banlieue. On a beau être à 50 kms de nos foyers, on ressent une atmosphère totalement différente, comme si nous étions en moyenne montagne, dans nos alpes chéris. L'allure est plutôt douce et adaptée car pas question d'abandonner un camarade sur la piste! Les dénivelés qui conduisent aux "bosses" sont parfois assez brutaux de pierre en pierre ou de marche en marche. A noter quelques passage techniques qui font la particularité de ce parcours tout à fait exceptionnel. On s'y sent tellement bien qu'on en redemande! N'est ce pas les 4 Boss?

Olivier et Erwan en leaders affirmés!


40 kms à la ronde...



Passage technique sur le profil "Rouge"

Arrêt technique...
5 Boss sur un tracé de Légende!
Bon maintenant faut redescendre...

jeudi 26 avril 2018

In the heat of London!

Marathon Expo J-2
Ce huitième marathon restera sans conteste le plus chaud. Les organisateurs nous avaient d'ailleurs prévenu en nous adressant des messages d'alerte " soyez prêts à réviser votre performance et chronomètre en fonction de ces nouvelles conditions". Un accent avait été mis sur la nécessaire hydratation et il était vivement conseillé d'adapter notre tenue de course à cette chaleur inhabituelle pour Londres. J'avais bien prévu le coup avec mon débardeur!
Hyde Park recreation

We have a GO!


A "Targa" moment avec Laurent & Ruben



























Arrivés vendredi soir à Londres, on a passé deux jours à scruter les bulletins météo. Certains annonçaient de la pluie dimanche matin, d'autres non...Matthew était nerveux à propos de sa contracture au mollet, Delphine se sentait peu entrainée et personnellement j'avais du mal à dormir...La chaleur de Londres allait sans doute redistribuer les cartes et gommer les écarts de niveaux.
Bus Transfert
Dimanche matin 7H, c'est le branle bas de combat mais personne n'est tout à fait "opérationnel". Matthew cherche nerveusement sa ceinture de gels et gourdes qui est à sa taille...Delphine remonte chercher dans sa chambre d'hôtel des lunettes de soleil qui trônent sur sa tête...Le transfert direct en bus va durer une petite heure. Dans les rues de Londres le soleil est déjà le roi. Tout est trop calme. Les rares piétons que l'on croise sont souvent des marathoniens qui se dirigent par leurs propres moyens aux zones de départs. Comment créer une diversion pour que Matthew oublie son mollet douloureux? Delphine trouve les bons mots. Je ne parviens plus à remplir ce rôle. "Coach" est lui même  face à des doutes nouveaux. La chaleur excessive et mon manque de sommeil sonnent comme des avertissements auxquels je n'ai pas de parades. Ça doit passer, oui bien sûr, mais pour quel résultat et dans quelles conditions?

H-2!

H-15'
Dimanche 8H. Sommes arrivés dans la zone de départ Bleu. Il fait déjà assez chaud et l'ombre d'une immense "tente d'attente" est la bienvenue. Matthew s’aperçoit qu'il a oublié l'ultime morceau de son "gataosport" ainsi que sa boisson d'attente. On se fait donner un peu de crème solaire qu'on étale généreusement. Quelques traditionnels étirements et on décide de quitter la tente. Le départ est dans environ 15 minutes et les Sas sont déjà bien remplis. Derniers mots d'encouragement pour Delphine qui rejoint la vague 3. Matthew et moi attendons devant l'entrée de la vague 2. Le soleil tape et le léger vent est bienvenu. Un écran géant nous montre la Reine prête à donner le départ. Cinq mois que j'attends ce moment. Cinq mois à imaginer ce fameux départ, l’environnement, les coureurs...j'essaie de revivre les moments clés de ma prépa. Je me dis que j'ai beaucoup de chance d'être là. Je me sens bien, en tout cas beaucoup mieux que Matthew que j'essaie de rassurer. "On fait 300/400 mètres ensemble sans forcer, ok?". "Pan" le départ et c'est parti pour nos deux paires de jambes. Partis sur un bon rythme, je quitte Matthew plutôt confiant. J'aimerai, d'un coup de baguette magique, le faire arriver en 3H29 (son rêve)  mais je ne suis pas Harry Potter...A défaut, je vais pas mal penser à lui sur le parcours en espérant toujours la même chose : que ça tienne!

J'enchaine les kilomètres et je suis surpris par le niveau un peu trop faible de la vague 2. Je suis obligé de prendre les bordures et de doubler sans cesse ce qui ne m'était pas arrivé depuis longtemps. Forcément cela pompe un peu plus d'énergie mais j'ai visiblement un bon stock. J'ai collé sur ma gourde tous les temps intermédiaires (tous les 5 kms) pour atteindre l'objectif initial des 3H15 mais je sais par expérience que doubler comme je le fais depuis une heure sous cette chaleur m'éloignera tôt ou tard de cet objectif. Des bouteilles d'eau sont distribuées à chaque mile et pas question d'en rater une seule! Ce que je ne bois pas finit sur ma tête ou ma nuque. L'ambiance est vraiment au rendez-vous. Les anglais t'encouragent avec beaucoup de conviction et ça donne parfois des ailes. Je passe au pied du Cutty Sark sans le voir...car je suis déjà dans une sorte de bulle. Pour me sortir de cet état je décide d'aller taper dans les mains tendus de quelques enfants. Tower Bridge...j'attendais ce moment et je suis servi. C'est magique, l'ambiance est dingue. Je savoure en regardant les pilonnes et superstructures du pont. Il est rien que pour nous ce matin.

Km 21, un autre spectacle s'offre à moi, celui de la tête de course. Comme espéré, la marathon de Londres est le seul au monde ou l'on peut croiser les premiers coureurs (ce jour là deux kényans et un anglais) à la faveur d'un parcours qui se fait face sur 4 kms environ. Je ne sais plus ce que je leur ai hurlé mais ça m'a fait du bien. Je cherche maintenant à retrouver Nathalie et les enfants sur le parcours. Cela me ferait du bien de les voir car les conditions empirent avec cette chaleur. Leurs visages seraient un vrai réconfort et me donneraient un coup de Boost. Kilomètre 29 les voilà! Quelques paroles et bisous échangés, c'est reparti! Ne pas les voir m'aurait vraiment mis un coup au moral.

Au kilomètre 30, je constate sans surprise que je ne suis plus du tout aligné avec l'objectif des 3:15. Je me demande d'ailleurs à ce moment là si je vais finir en moins de 3:20. On est tous dans le dur et les allures commencent franchement à ralentir  pour certains. Je double de plus en plus de coureurs
en détresse et parfois, plus grave, j'en vois allongés au sol avec des équipes de secours à leur côtés (j'apprendrai le lendemain qu'il y a eu 100 hospitalisations et un décès sur le parcours). De mon côté ça tient mais ces 12 derniers kilomètres vont être très longs! J'espère juste que Matthew et Delphine s'en sortent bien et qu'ils ne souffrent pas trop. Je ne sors même pas mon MP3 sur lequel j'avais prévu une setlist "spécial London" par manque d'envie. De toutes façons, la foule crie tellement fort, que je n'entendrai pas grand chose...

Parfois je double un coureur déguisé et ne manque pas de lui témoigner mon admiration. Comme si il ne faisait pas assez chaud comme ça! Quelle volonté, admirable en tous points de vue! Quelques déguisements aperçus: deux Darth Vader, une tour de Londres, un Christ portant une vraie croix (le grand MALADE!!!), un Teddy Bear sous 45°C (fou complet!!), des mariés, deux mecs dans le même bateau, P'tit Biscuit de Sherk...35 kilomètres atteints, bien! Allez encore 7! Je ne pense à rien si ce n'est d'avaler ces 7 derniers kms. Il est près de 13 heures et pour ne rien arranger on court face au soleil. Au 39ème kilomètre une crampe me foudroie littéralement la cuisse gauche! Je ne m'attendais pas du tout à ça. Je suis paniqué à l'idée de ne pas finir ce marathon. J'entends quelqu'un me hurler "Silian you can do it!". J'ai envie de le croire mais ma cuisse reste dur et totalement rigide. Je bois le peu d'eau que j'ai encore sur moi. Je m'arrête et essaie d'étirer doucement le muscle. Je marche très doucement sur trente bons mètres en tentant de détendre la cuisse. Ça résiste un peu mais je poursuis. Je trottine sans forcer. Ça semble passer...Je pousse un "Ouf" de soulagement mais je ne fais pas le malin. Il me reste 3 bornes à courir et pas question d'arrêter.

Les trois derniers kilos sont purement mental. C'est le moment que je préfère. Tout se joue dans la tête et le corps est quasi ignoré. Il devient une valeur presque négligeable. Pourtant il a tout fait jusqu'ici! Des images me viennent, des émotions parcourent mon corps et le rendent électrique. Il serait très contradictoire de dire que j'aimerai que ce moment se prolonge et pourtant...
Dernier mile, ça hurle de partout! Je remercie les londoniens pour leur soutien de première classe. Buckingham à gauche, coup d’œil au balcon de la Reine (on ne sait jamais...) et maintenant cette petite ligne droite ou je me sens tout seul. "Regarde Jef, regarde ce que je fais encore aujourd'hui. Elle est pour nous celle-là!". 3:18 dans ces conditions, je savoure! L'entrainement a payé et me voilà encore une fois avec un temps qualificatif pour le "Boston marathon", le saint Graal absolu!

Et les autres alors? Delphine en a fini en 4H14 auquel il convient de soustraire environ 15 minutes pour obtenir son temps à "météo normale", soit un tout petit peu moins que 4H...chez Delphine l'expérience et la maitrise sont deux vraies forces (à 50 ans révolus svp...).
Matthew a fini je vous rassure! Il aura vécu deux marathons. Un premier semi dans une allure capable de lui faire espérer 3:30 et un second semi dans lequel il s'est improvisé "coach et ange gardien" pour permettre à un anglais (qui courait pour la même cause caritative que lui) d'atteindre ensemble la ligne d'arrivée après 3H49 de durs efforts. Élégance toute britannique!
On vient, on court et on s'en va!

Cheers mate!
L'histoire d'un marathon ne s'écrit jamais à l'avance. Quelque soit sa préparation, son envie, sa détermination, son équipement, il y a toujours des imprévus ou circonstances qui rendent cette épreuve magique et surtout unique. Mais aux termes de ces 42 kms, nous avons "pris" Londres, comme d'autres villes avant...Boston, prépare toi à tomber!    







mardi 17 avril 2018

L'interview d'avant course...

Contexte : Interview réalisée sans trucage à Meudon par un beau ciel clair. A la demande de Silian,  cette interview s'est déroulée dans le confort douillet de leur appartement.

Runner's world Magazine "Bonjour Silian, permets moi de rentrer directement dans le vif du sujet. Te sens tu prêt? parle nous un peu de cette prépa"
Silian:" 11 semaines sans bobos! c'est un première mondiale. En huit préparations marathon cela ne m'était jamais arrivé. Je pense que j'ai enfin trouvé le bon équilibre : des sorties modulées, l'hydratation à chaque sortie, la récup, les bons étirements aux bons moments, les bonnes semelles, pas trop d’excès, bref tout un peu mieux qu'avant".
Runner's world Magazine "Londres, c'est une première, donc as tu une appréhension particulière, des craintes nouvelles?"
Silian " Ma seule crainte est qu'il fasse trop beau et donc trop chaud. Courir par plus de 20°C sur le macadam n'est pas propice à la performance. L'expérience de Berlin me le rappelle à chaque fois (+25°c). A l'inverse, courir dans le froid comme à Stockholm (+3°c), c'est pas génial! Quand je vois le temps que les marathoniens ont eu à Boston aujourd'hui (Le marathon de Boston s'est déroulé dans les pires conditions : 2°c, averses de pluie, vents forts!!), je me dis qu'on a de la chance. Sachons en profiter."
Runner's world Magazine "A quoi occupes tu tes derniers moments avant dimanche?"
Silian " C'est la période que je préfère. C'est totalement excitant de sortir de 11 semaines de prépa et d'avoir à faire son sac tel un alpiniste qui partirait en "expé". Je commence à rédiger une liste des choses à prendre. Je réévalue l'opportunité du matériel, je l'adapte en fonction de la météo qui se précise, bref je vis la course avant la course, c'est vraiment de bons moments crois moi!"
Runner's world Magazine "As tu une image qui te reste de cette prépa?"
Silian "Je préfère ne pas reparler de la météo des deux derniers mois...(Silian baisse la tête puis la relève). Soyon
s positifs, je retiendrai l'image de ce couple de canards que je viens tout juste de retrouver. Je les croise à chaque prépa et toujours au même endroit. Mais ou etiez-vous ces deux derniers mois?..."
Runner's world Magazine "Parle nous de tes amis qui vont courir à londres"
Silian" Delphine fera parler l'expérience. Courir sans réels repères va lui donner le surplus d'énergie dont elle a un peu besoin. Je sais que sa prépa n'a pas été au top mais la "Gazelle du sud" va encore nous surprendre à 50 ans révolus. Marathonienne un jour, marathonienne pour toujours!
Quant à Matthew, il est en forme. Il veut passer sous les 3H30 et il devrait être récompensé. Cette année il court pour une cause qui lui est chère. Son fils Edgar a contracté une maladie qui n'est malheureusement pas si rare. Tous les dons sont les bienvenus pour aider ces enfants à surmonter cette maladie.J'invite tous les lecteurs de mon blog à faire, comme moi, une petite donation à cette adresse: https://www.justgiving.com/fundraising/matt-stansfield1

Runner's world Magazine "Trés bien, on le fera! Mais qu'est ce que tu fais? (Silian se déshabille et endosse un drôle de tee shirt...)"
In fit mode...
Silian " Tiens c'est une EXCLU! Voici ma tenue de course pour dimanche. J'ai tout prévu et surtout une température ressentie à plus de 20°C, je m'adapte aux conditions..."
Runner's world Magazine "Donc ce sera quasi "topless"...A qui penseras tu en particulier durant ce marathon de Londres?"
Silian " A tous les "Damaged people" et à mon regretté "Jef" parti là-haut courir d'autres marathons...Je l'entends toujours me dire "Allez... encore un peu plus, c'est ça, t'y es presque...". Je compte être à la hauteur pour ne pas le décevoir."
Runner's world Magazine "Pas mal de gens suivent tes performances grâce à ton blog, peux tu nous parler d'eux?"
Silian "Ils sont trop nombreux pour que j'en parle...mais je profite de l'occasion pour faire ici une dédicace appuyée à des "hommes de l'ombre".
En tête Coach Rodolphe qui m'a concocté mon plan de préparation. Sa phrase fétiche: On est pas là pour ramasser des merguez! Un coureur tout terrain pour qui la course à pied urbaine ou trail (en très longue distance svp!) n'a plus de secrets.
Coach Nadire grâce à qui j'ai découvert la nutrition sportive. Je lui confie régulièrement le haut de mon corps, je gère le bas. J'aime quand il dit : Une bonne séance, c'est quand on a fini sa gourde.
Enfin Ziad mon kiné. Il n'a pas eu à trop travailler cette fois-ci mais nos deux séances préventives vont forcément payer. Il a un don pour diagnostiquer ce qui ne va pas et te le corriger, jamais vu ça! mais restons discrets sur ses talents car le PSG pourrait bien lui mettre la main dessus...:-)
 
Runner's world Magazine "Avant qu'on se quitte, un dernier message?"
Silian "Londres fait partie des marathon "majeurs" dont le niveau est, semble t-il, plutôt relevé. Eh bien, ils vont voir de quoi est capable le gars de Sèvres! Let's take this Town!




mardi 10 avril 2018

Les recettes d'un record

Arrivée du London Marathon sur "Pall Mall". La Reine veille...
L'histoire n'est jamais écrite à l'avance mais voici un petit inventaire qui peut faire pencher les choses du bon côté. Cela devrait redonner le sourire et une franche motivation à mes camarades coureurs Delphine et Matthew qui vont courir comme moi et qui n'auront pas démérité durant leur 10 semaines d'entrainement et d'efforts!
Donc voici ma petite liste à laquelle je m'accroche depuis une semaine :


  • Ne pas avoir de décalage horaire et donc de "jet lag"
  • Ne pas subir une attente interminable dans la zone de départ (dans celle de New York tu attends parfois plus de 3 heures...)
  • Avoir un profil plutôt plat (le dénivelé est certes un peu plus relevé qu'à Berlin ou Chicago mais Londres est semble t-il assez "roulant")
  • Ne pas avoir fait un don du sang 12 jours avant (cette fois ci on ne m'y prendra pas!)
  • Avoir suivi un entrainement à la lettre et sans "bobos" (c'est une première!!!)
  • Pouvoir compter sur une ambiance qu'on annonce juste exceptionnelle!
Voici maintenant les choses que je ne contrôle pas et qui peuvent avoir une influence capitale sur nos performances :
  • La météo. J'en ai assez soupé de la boue, pluie, neige, glace, températures hivernales....Marre je vous dis! Un jour j'airai au "Paradis"car c'est en "Enfer" que j'ai passé mes 11 dernières semaines...Donc en résumé s'il pouvait ne pas trop pleuvoir et faire environ 10/12°C, je signe!
  • La vague de départ. Ça peut vous faire gagner ou perdre 5 bonnes minutes voir beaucoup plus, croyez-moi. 
  • Ton état de fraicheur le jour "J". 
Je me suis efforcé pendant ces dix dernières semaines à repousser mes limites, à sortir de ma fameuse "zone de confort". Je n'attends pas à ce que ça soit plus "facile" mais "mieux" à chaque fois. J'attends maintenant d'être payé, de pouvoir mesurer ma progression, de jauger ma forme. A chaque veille de marathon, je ressens la satisfaction d'avoir suivi une préparation exigeante. Rien ne pourrait me retirer le bénéfice de mes sorties (une quarantaine) ou j'ai  parfois vécu l'enfer et quelquefois (trop rares...) l'extase...
Alors oui, il est tout proche ce jour que j'ai noté fébrilement dans mon agenda il y a cinq mois. Un tout nouveau parcours, une ville à "prendre", une étoile à aller décrocher et peut-être un record à faire tomber! Let's take this town!